Cette Guerre de Juillet

Submitted by ABC-NCFLA on Fri, 02/09/2007 - 19:44.

Milena Stanoeva
Le 28 septembre 2006
Écrit pour L’Express Étudiant (octobre 2006)

Durant le matin du 12 juillet 2006, l’organisation Hezbollah lance des fusées et des obus de mortier sur des bases militaires israéliennes et les villages limitrophes. C’est une diversion pendant laquelle deux soldats israéliens sont capturés par Hezbollah et trois tués, tous derrière la frontière israélienne. Ce même après-midi, Israël répond en bombardant le Liban par terre et par ciel, ciblant pour la plupart, des structures civiles. C’est la guerre.

Une fois les voies marines et aériennes bloquées, Israël envahit le Sud du Liban, tandis que le Hezbollah vise le Nord d’Israël et lance une guerre de guérilla contre l’armée israélienne. Le conflit a duré jusqu’au 14 août, date de l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu des Nations Unies et ordonnant le désarmement du Hezbollah et le retrait des forces israéliennes.

Le décompte final : plus de 1500 morts, la plupart étant des civils libanais, 1 million de Libanais et 500 000 Israéliens déplacés, la destruction massive d’infrastructures libanaises, 33 jours d’enfer et une éternité de reconstruction et de mémoires pour les peuples libanais et israélien.

Hassan Ghaddar, qui était en visite au Liban durant le conflit et qui a dû se faire évacuer par les forces canadiennes, raconte des histoires choquantes d’enfants marchant pieds nus, d’immenses immeubles écroulés, de bombardements à quatre heures du matin… Lors d’une nuit un peu particulière, des réfugiés du Sud sont arrivés dans son village ne sachant pas où ils se trouvaient et cherchant l'asile; la famille de Hassan en a abrité 20.

« Je n’ai jamais su que j’allais vivre la guerre », dit-il. « Ce fut un choc pour tout le Liban. Personne ne savait que le pays au complet serait détruit. »

Après avoir contacté l’ambassade canadienne, la famille d’Hassan a dû attendre deux semaines pour la voiture promise. Finalement, ils ont dû trouver quelqu’un d’autre pour les conduire à Beyrouth, d’où un autobus les a menés aux bateaux d’évacuation. « T’en finis pas. », se lamente Hassan lorsqu’il décrit les heures interminables d’attente. Six heures sur le bateau et il s’est retrouvé dans une école remplie d’évacués à Chypre où il a dû passer deux jours avant de prendre un avion pour retourner au Canada. Pour Adam Chehouri, un autre évacué, l’attente fut de trois jours.

« J’ai du regret pour ceux qui ne pouvaient pas partir, ceux qui n’avait pas de passeports » dit Adam. En effet, un total de 15 000 Libanais de citoyenneté canadienne furent évacués par les forces canadiennes. Depuis, à-peu-près 7000 sont rentrés au Liban, causant la levée de gros débats nationaux concernant la double citoyenneté. Certains vont jusqu’à utiliser la phrase « Canadiens de convenance ».

Et pourtant, il n’y a rien de « convenant » à la guerre. La nourriture qui se fait rare, l’essence qui s’assèche, les ponts coupés, les magasins vides, le pain pita de 3$ vendu à 20$… Le Canada a dépensé 85 millions de dollars sur les efforts d’évacuation, soit 6000$ environ par évacué. C’est trop cher, déclarent certains politiciens, mais ce n’est rien de comparable aux pertes subies par les Libanais et Israéliens.

Actuellement, 256 000 libanais restent déplacés et ce, seulement au Liban, ainsi que plusieurs Israéliens du nord d’Israël. L’oncle d’Adam a perdu son immeuble dans les bombardements. La tante de Hassan a vu tomber en ruines sa maison et un des amis de Hassan doit se retirer de l’école afin de supporter sa famille, après que leur immeuble et leur restaurant se soient écroulés. En réalité, il n’y a rien de convenant à tout ça.